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**NOUVEAUTÉ** La chronique de Chloé Grandpierre

Première chronique d’une série régulière d’articles de Chloé

Il y a vingt siècles, Lucius Columelle, grand agronome romain, conseillait de mettre de l'eau de mer dans son vin. En effet, il était commun de rajouter de l'eau ou de l'eau de mer dans son breuvage pour en adoucir et accentuer le goût.

L'histoire veut déjà que l'océan soit au cœur d'un mythe viticole avec les découvertes de bouteilles de vin du Titanic ou de Champagne dans la mer Baltique (dont une bouteille de Veuve Clicquot de 170 ans vendue 78 400 dollars aux enchères), sans parler des amphores romaines ou grecques dans la Mer Méditerranée.

Des études ont été menées en Amérique du Sud mais aussi au Pays Basque espagnol pour tenter de percer le mystère. Les hommes d'aujourd'hui, poussés par la curiosité, veulent savoir si c'est une réalité ou veulent tout simplement jouer la carte de l'originalité pour des consommateurs avides de nouveauté.

Il n'est pas donc pas rare de croiser des vignobles qui élèvent leurs vins en amphores comme le Clos Romain, ou le Château Du Coureau qui a choisi le Bassin d'Arcachon pour ses bouteilles de Grave Blanc des Cabanes ou encore l'Egiategia de Emmanuel Poirmeur qui est élevé dans la baie de Saint-Jean-de-Luz dans des cuves en béton. Il y a bien d'autres exemples gourmands à citer mais en attendant un Grand Cru Classé de Bordeaux a tenu à faire cette expérience.

Les Œnofolies
Grand Cru Classé, le Château Larrivet Haut-Brion fait partie de l'appellation Pessac Léognan.

Sur la façade est inscrit le nom du fameux domaine. Plusieurs siècles d'histoire habitent ces lieux qui ont connu différents noms, propriétaires et aussi de nombreuses pérégrinations concernant son cadastre!

Et oui, au départ la propriété se nommait "Château de Canolle", puis "Château La Rivette", pour finalement être baptisée "Château Haut-Brion Larrivet" en 1874.

Le vignoble compte alors une cinquantaine d'hectares et connaîtra une succession de crises : Première Guerre Mondiale, crise de la viticulture dans les années 1930, Seconde Guerre Mondiale. Le nouveau propriétaire de l'époque, Monsieur Jacques Guillemaud, tente de restaurer le renom du Château.

En 1987, le Château Larrivet Haut-Brion (qui a dorénavant son nom définitif) est racheté par la célèbre famille Gervoson qui va poursuivre l'œuvre de Monsieur Guillemaud. En quelques années, le Château passe de 17 hectares de vignes et 13 hectares de parc à 72,5 hectares, grâce notamment à l'acquisition de 11,5 hectares de vignes de raisins blancs et 61 hectares de vignes de raisins noirs.

Mais Gervoson, ce nom vous dit-il quelque chose ? Non ? Si je vous dis « Andros », est-ce que cela vous parle maintenant ? En effet, le Château Larrivet Haut-Brion appartient au fils du créateur de la fameuse marque de produits à base de fruits. Sa descendance gère encore aujourd'hui la propriété.

Les Œnofolies, organisées par le Château sous l’égide d’Emilie Gervoson, sont une réunion d'amateurs de bons vins et d'expériences gustatives hors du commun. Quelques privilégiés peuvent donc se rendre au Château ou dans une soirée sur la capitale pour vivre un moment d'exception.



Voici les dernières Œnofolies qui ont eu lieu:

- Œnofolies 1 le 25 Juin 2011 entre le Cap Ferret et Léognan : Entre Terre & Mer, une exploration et des dégustations d'exception...

- Œnofolies 2 le 22 Novembre 2011 à Paris : Château Larrivet Haut-Brion convie Ruinart et Caviar à "jouer du palais"...

- Œnofolies 3 le 14 Février 2012 à Paris : Vin artistique ou Art enivrant ?

- Œnofolies 4 le 17 Novembre 2012 à Léognan : L'élevage du vin en mer, dimension légendaire ou réalité scientifique ?

J'ai assisté à cette dernière, thème de cet article.

Nous étions une vingtaine de personnes à pouvoir assister à cette dégustation. Accueillis en personne par Emilie Gervoson, la fille aînée du propriétaire, ambassadrice et créatrice des Œnofolies, nous avons pu prendre un magnifique bain de soleil avant de démarrer la visite des chais sous l'égide du Directeur Général Bruno Lemoine.

Bruno Lemoine, grand passionné, nous raconte comment est venue l'idée de cette expérience. Au cours d'un repas entre Pierre-Guillaume Chiberry - Tonnellerie Radoux, Joël Dupuch - ostréiculteur acteur, et lui-même, la conversation a tourné autour du célèbre Marquis d'Estournel qui envoyait du Bordeaux aux Indes au XVIIIème siècle. Les invendus revenaient et étaient bien meilleurs qu'à leur départ!

L'étincelle de folie a donc jailli et quelques mois plus tard, un barricot (produit par la Maison Radoux bien sûr) a été immergé dans le parc à huîtres de Joël Dupuch entre vent et marées. Il fallait vérifier si cette théorie était vraie et comparer un vin, élevé en mer connaissant les variations atmosphériques et les marées, et un vin élevé dans un chai avec un univers équilibré.

Présentation des 3 barricots par Pierre-Guillaume Chiberry de la tonnellerie Radoux: les 3 barricots de 56 litres chacun ont été réalisés en bois de chêne avec une chauffe classique identique à celle des barriques que l'on trouve habituellement dans le chai du Château.

La première barrique devait faire un tour du monde: le destin a voulu que lors de la Fête du Fleuve, le bateau sur lequel elle avait embarqué a effectué 500 mètres avant d'avoir un accident, abandon donc de ce projet.

La seconde barrique, vu son état, ne vous trompe pas : il s'agit de la barrique immergée dans le parc à huîtres de Joël Dupuch.

Enfin le dernier barricot est celui où le vin est resté 6 mois supplémentaires dans la propriété.

Les 3 barricots ont bien sûr étaient remplis avec le même millésime : 2009, année exceptionnelle. Bien sûr, ces barricots ont été faits sur-mesure avec des bondes spéciales en inox et ils ont également été scellés en présence d'un huissier.

En février 2012, les barricots ont été descellés pour subir une série d'examen par le Laboratoire d'Analyse vinicole Michel Rolland afin de concrétiser les possibles différences. Puis une dégustation a été réalisée en présence, notamment, du célèbre dégustateur Bernard Burstchy.



Devant l'étonnante conclusion, il a été convenu qu'une poignée de privilégiés pourrait goûter ce vin lors d'une Œnofolie. Avec les 56 litres de chaque barricot ont été remplis 20 magnums et 20 bouteilles. Afin de continuer l'expérience, une grande partie des magnums et bouteilles va être conservée et dégustée au fil du temps pour apprécier l'évolution de la garde.

Verdict: l'élevage sous l'eau n'est plus une légende pour ceux qui l'ont goûté !

Chloé Grandpierre
Œnologue
Professionnel du Vin, Bailliage de France

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